Homéopathie et pratique complémentaire : la réflexion de l’AFSOS

Utilisation des thérapies complémentaires en oncologie : mise au point sur l’homéopathie

Dans le florilège actuel de publications et prises de positions autour de l’homéopathie en particulier, et des pratiques complémentaires en général, l’AFSOS a souhaité apporter une réflexion nourrie de sa pratique des soins de supports en oncologie et de sa position de société savante francophone.

 

Aussi souhaitons-nous dans un premier temps clarifier le propos. De quoi est-il question ?

Nous nous exprimons ici sur les pratiques complémentaires, et non pas sur les médecines alternatives auxquelles nous sommes opposés sans restriction en raison des dangers encourus pour le patient. L’expression « pratiques alternatives » correspond à l’abandon des traitements conventionnels de la maladie au profit de pratiques non éprouvées qui font le lit du charlatanisme et des dérives sectaires.

Nous rappelons que le terme « médecine » peut se définir par l’ensemble des connaissances scientifiques qui conduisent à des démarches diagnostiques et thérapeutiques apprises tout au long de l’exercice médical (Rapport du 5 mars 2013 au nom d’un Groupe De Travail De La Commission XV de l’Académie Nationale de Médecine). Le terme de « pratique » et non de « médecine » est donc à utiliser lorsque les démarches ne sont pas médicales et a fortiori appliquées par des personnes non médecin.

En cancérologie, les pratiques non conventionnelles ne peuvent se concevoir que de manière complémentaire au traitement de la maladie. C’est à ce titre qu’elles interpellent particulièrement les soins de support en oncologie.

Dès lors que nous lui donnons la place qui lui revient, il n’y a pas lieu de chercher la limite d’utilisation de l’homéopathie selon une échelle de gravité de la maladie, puisqu’elle n’empiète pas sur le domaine de compétence du traitement de la maladie.

A ce jour, l’efficacité de l’homéopathie, au-delà de l’effet placebo, n’a jamais été prouvée scientifiquement. (Méta Analyse Lancet 2005, Rapport NHMRC 2015, Systematic Review Mathie et al 2017).

Mais « au pire », limiter l’efficacité de l’homéopathie à celle de l’effet placebo n’est pas la réduire à une méthode inefficace. Il ne faut plus associer l’effet placebo à une connotation négative. Celui-ci est connu et inhérent à toute pratique médicale, il est utilisé – consciemment ou non – par la médecine conventionnelle. Dans « effet placebo », le mot effet signifie la reconnaissance d’une efficacité, placebo signifie simplement que cette efficacité n’est pas liée à un principe actif. Il est une composante fondamentale de la relation médicale peu à peu dévalorisée par les progrès médico-techniques au cours du temps, insuffisamment comprise et enseignée : nous sommes tous sans exception placebo répondeurs, seules les circonstances de réponse varient entre nous …

De quelle attaque avons-nous peur ?

En enfermant le débat dans un combat, nous obligeons les patients et l’opinion publique à choisir un camp. Cette dualité, qui a toujours existé, a notamment nourrit diverses théories des complots et idées préconçues. Le « raccourci » est que la médecine conventionnelle est considérée comme surmédicalisée, peu humaine, sources de dangers, tandis que les pratiques complémentaires se définissent comme naturelles, attentives à l’autre et sans danger.

Il est nécessaire de regarder les choses différemment :

Premier constat : le succès des pratiques complémentaires et de l’homéopathie réside beaucoup dans ce désir légitime d’écoute, d’attention, de personnalisation et de considération globale du patient. Elles viennent souvent remplir des espaces vides laissés par la médecine conventionnelle, qui n’a pas évidemment réponse à tout.

C’est ainsi que l’homéopathie est à placer dans la catégorie des traitements « Care » (prendre soin) et non « Cure » (soigner).

Deuxième constat : Nous devons considérer la réalité actuelle. Les patients ont recours à l’homéopathie pour atténuer les symptômes secondaires à la maladie et les effets indésirables des traitements spécifiques du cancer, très exceptionnellement avec le faux espoir d’un traitement du cancer lui-même. Cette réalité conduit à aussi entendre que nombre de patients disent en retirer un bénéfice.

Troisième constat : des professionnels de pratiques complémentaires sont déjà présents dans les établissements de santé. Cette réalité est la conséquence des deux précédentes.

Au final, notre rôle n’est pas d’opposer, mais de clarifier et d’informer les patients. En tant que société savante francophone, nous avons pris l’ampleur de la problématique et réalisé, dans un premier temps, un référentiel d’information pour les professionnels de santé sur la place des pratiques complémentaires en cancérologie.

Un enjeu de santé publique est lié à cette prise de conscience : la prescription de médicaments n’est pas automatique, l’effet placebo est indissociable de tout acte, la prise en charge globale doit être systématique.

L’information objective est au cœur de la réussite de l’approche globale attendue par les personnes malades en commençant par la lutte contre les combats stériles, renvoyant dos à dos deux types de prises en charge des patients. Cette approche est le seul moyen de limiter efficacement les pratiques non évaluées, inefficaces ou dangereuses.

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