Interview de Philippe Colombat, président de l’Observatoire de la qualité de vie au travail

« Il ne s’agit ne pas de mettre en place une énième théorie mais de faire des choses opérationnelles »

Agnès Buzyn a lancé officiellement l’Observatoire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé ce 2 juillet. Son président, le Pr Philippe Colombat revient pour Hospimedia sur ses missions et enjeux. Son objectif ? Produire de l’opérationnel pour aider les professionnels de tous secteurs.

 

Hospimedia : « L’Observatoire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé a été officiellement installé par la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, ce 2 juillet. Quelle est sa vocation ?

Pr Philippe Colombat : Tous les professionnels sont concernés : l’enjeu, c’est de répondre aux besoins de terrain. Nous avons trois missions précises. D’abord contribuer au développement de la connaissance. L’observatoire va mettre à disposition des documents pour ceux qui souhaitent améliorer la qualité de vie au travail, que ce soit au niveau individuel ou collectif. Le problème qui se pose c’est de ne pas mettre trop de choses mais des choses utiles, qui peuvent servir au terrain. Nous insistons beaucoup sur les expériences, qu’elles soient positives ou négatives, mais aussi sur la production de documents de référence. La deuxième priorité, c’est de conduire des recommandations opérationnelles, et j’insiste bien sur ce mot. Il ne s’agit pas de mettre en place une énième théorie mais de faire en sorte que les choses soient opérationnelles et qu’elles avancent. Et enfin troisième élément, très important : nous devons organiser un colloque annuel, qui devrait se tenir fin 2019. Ce 2 juillet, lors de la réunion d’installation de l’observatoire, les échanges se sont orientés vers un forum. Il reste à en définir les modalités, le contenu, le lieu… Il serait éventuellement intéressant que cela se passe en région.

 

« Il ne s’agit pas de mettre en place une énième théorie mais de faire en sorte que les choses soient opérationnelles et qu’elles avancent. »


H. : Quelles sont les priorités parmi ces missions ?

P. C. : À ce jour, nous avons eu quatre réunions préparatoires. Avec les professionnels de structures, les représentants des organisations syndicales médicales et non médicales, celles des directeurs d’hôpitaux et cadres. Puis des employeurs et institutionnels représentant les établissements en particulier, tous les ordres des professionnels libéraux, de tous secteurs et les étudiants. L’idée, c’est de coconstruire un projet avec l’ensemble de ces partenaires et les experts qui composent l’observatoire (lire encadré). Nous souhaitons être opérationnels rapidement au moins sur les documents. Cela passera par la création d’un site Internet unique. Concernant les recommandations opérationnelles, il va en effet falloir faire des choix de thématiques et des priorisations. Nous aurons un séminaire de deux jours fin août pour aborder tout cela avec l’ensemble des membres de l’observatoire.

 

« Je ne souhaite pas être un expert mais un animateur. C’est ma ligne de conduite. Nous souhaitons vraiment partir avec une page blanche, ne rien interdire, faire en sorte que la discussion soit la plus large possible, la plus pratique possible pour que tout cela puisse servir. »


H. : Y a-t-il un calendrier pour l’avancée des travaux de cet observatoire ?

P. C : Non. Je ne souhaite pas être un expert mais un animateur. C’est ma ligne de conduite. Nous souhaitons vraiment partir avec une page blanche, ne rien interdire, faire en sorte que la discussion soit la plus large possible, la plus pratique possible pour que tout cela puisse servir. C’est un sacré pari, on va de l’étudiant au libéral, du domicile à l’institutionnel, de tous les professionnels de santé quel que soit leur mode d’exercice.

 

H. : Pour le moment, plusieurs acteurs se sont positionnés sur cette thématique de la qualité de vie au travail, il existe notamment plusieurs plateformes téléphoniques de soutien. La vocation de l’observatoire est-elle de tout centraliser ?

P. C. : Il ne s’agit surtout pas de tout centraliser mais d’impliquer tout le monde dans une réflexion. L’idée, c’est de mettre les choses, les données, les plateformes téléphoniques à disposition. Faire connaître ce qui existe.

 

H. : La méthode semble être la concertation au sens large, c’est une volonté de votre part ?

P. C. : Notre cadre de travail est très large et il faudra l’affiner, en écoutant tout le monde et en essayant d’être le plus consensuel possible. Ce qui est important, c’est de créer une dynamique. La ministre a été très ouverte : elle nous a vraiment laissé carte blanche. Hier les experts m’ont demandé : « quel est ton plan ? » Je n’ai pas de plan, très clairement. Nous aurons un plan tous ensemble. J’ai bien des idées mais je ne les donnerai pas. Seules les idées coconstruites dans le cadre de groupes de travail seront dévoilées. Il n’y aura pas de méthode top/down. Les experts auront un rôle important mais un rôle partagé.

 

H. : Vous travaillez depuis longtemps sur cette thématique de la santé au travail, comment appréhendez-vous cette nouvelle mission ?

P. C. : Comme un challenge. J’arrive dans un monde qui n’est pas le mien, je suis un soignant pur et dur, chef de service et chef de pôle au CHU de Tours (Indre-et-Loire). Je suis une sorte d’homme à quatre têtes. J’ai monté l’hématologie à Tours avec beaucoup de recherche clinique et fondamentale. Mais je suis aussi très investi sur les soins palliatifs au niveau local et national et depuis vingt-cinq ans je travaille sur la souffrance et sur la qualité de vie au travail. C’est donc pour moi une suite logique, et un honneur aussi, car je n’ai pas postulé. »

 

Douze experts nommés

En juin dernier, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, dévoilait le nom du président de l’Observatoire de la qualité de vie au travail des professionnels de santé. Ce 2 juillet, la composition de l’observatoire a été entièrement officialisée. Soit douze experts, professionnels de santé ou universitaires « reconnus pour leur engagement dans le champ des ressources humaines et des conditions de travail », explique le ministère dans un communiqué ce 3 juillet. Ils travailleront en collaboration avec la mission nationale mise en place en février 2017 dans le cadre de la stratégie nationale « Prendre soin de ceux qui nous soignent ». Sont nommés membres :

 

  • Pr Philippe Colombat, chef du pôle cancérologie-urologie au CHRU de Tours ;
  • Dr Bruno Bally, adjoint à la mission sécurité des patients de la Haute Autorité de santé ;
  • Matthieu Sibe, directeur adjoint de l’institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement à l’université de Bordeaux (Gironde) ;
  • Pr Jean-Marc Soulat, président du collège des enseignants de médecine du travail, chef du pôle santé publique et médecine sociale au CHU Toulouse (Haute-Garonne) ;
  • Gladys Lutz, docteur en psychologie du travail à Paris ;
  • Alice Casagrande, directrice de la formation et de la vie associative à la Fehap ;
  • Pr Éric Galam, responsable du diplôme inter-universitaire « Soigner les soignants », professeur associé en médecine générale à l’université Paris-Diderot ;
  • Dr Donata Marra, psychiatre ;
  • Katia Kostulski, professeur des universités en psychologie au Conservatoire national des arts et métiers ;
  • Loïck Roche, directeur général de l’École de management de Grenoble 4 (Isère) ;
  • Paula Cristofalo, sociologue, maître de conférence à l’École des hautes études en santé publique ;
  • Renaud Crespin, chargé de recherche au Centre national de recherche scientifique et au centre de sociologie des organisations de Sciences Po Paris.

 

Interview issue d’ ©Hospimedia

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