Activité physique et cancer

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Dernière mise à jour : 02/12/2011


Activité physique : informer, connaître les freins et orienter les patients

 

L’OMS recommande au moins 30 min d’activité physique modérée 5 jours par semaine pour réduire d’environ 25% le risque de développer un cancer du sein et du côlon (février 2011)

 

L’activité physique peut être proposée de manière bénéfique à toute personne atteinte de cancer, qu’elle soit en cours de traitement ou après traitement.

Elle peut participer à l’amélioration de :

  • La fatigue
  • La qualité de vie
  • L’état psychologique et émotionnel
  • L’observance des traitements

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Contributeurs

Coordination

Michel PAVIC (RRC-RA)

 

Membres du groupe de travail

Antonia ALTEMEYER, Sophie ARANDA-BERTHOUZE, Eric BAUVIN, Piera BORIOLO, Thierry BOUILLET, Paul CALMELS, Guillaume COLDEFY, Laure COPEL, Elise CORTES, Lydia CUSSE, Jean-Marc DESCOTES, Joëlle DURET, Cécile FRENAY, Ruben GOLDET, Pascale GROSCLAUDE, Nicolas JOVENIN, Sophie LACOURREGE, Brigitte LAVOLE, Patrick MICHAUD, Gilles NALLET, Florian PASQUET, Philippe POULAIN, Olivier RIGAL, Daniel RIVIERE, Bernard ROBERT, Laetitia STEFANI, Stéphanie TRAGER-MAURY, Olivier TREDAN, Laurent ZELEK

 

Coordination méthodologique

Majid BRUNET, Fadila FARSI (Réseau Espace Santé-Cancer/Rhône-Alpes, Lyon)

 

Relecture

Sophie ARANDA-BERTHOUZE , Majid BRUNET, Fadila FARSI, Thierry BOUILLET, Paul CALMELS, Michel PAVIC

 

Contributeurs (participants aux ateliers des J2R du 01/12/2011)

Antonia ALTEMEYER, Karine AUFFRET, Sophie ARANDA-BERTHOUZE, Eric BAUVIN, Alyia BEN-RAIS, Claude BOIRON, Pierre BONDIL, Piera BORIOLO, Paul CALMELS, Emilie CANONNE, Sylvie CASTELAIN, Stéphane CHATEIL, Aurélie CHIFFOLEAU, Guillaume COLDEFY, Brigitte COSTA, Lydia CUSSE, Sarah DAUCHY, Adeline DEBREUVE, Clémence DELALONDE, Elisabeth DELAVEAU, Hervé DEROUBAIX, Jean-Marc DESCOTES, Isabelle DOLIZY, Alizée DUMONT, Marjorie DUMONT, Laura DZIUBA, Fabienne EMPEREUR, Jean-Pierre FAUCHART, Sophie FEYEN, Dominique GIAI-CHECA, Elisabeth GRAFF, Maurice GRAND, Catherine GROSSETETE, Lisa GUELENNEC, Daniel HABOLD, Eliane LAGNY, Caroline MONAT-DESCAMPS, Thierry MONTAUT, Patricia PINAULT, Anne REVE, Olivier RIGAL, Bernard ROBERT, Dominique ROCHE, Michel ROUTHIER, Marie SIROS-MASSART, Françoise THIERRY, Stéphanie TRAGER-MAURY, Véronique TUAL, Laurence VANLEMMENS, Martine VITTOT

Rationnel de l'activité physique (AP) en cancérologie

1 – Diminution du risque de cancer (Prévention primaire)

L’OMS recommande au moins 30 min d’activité physique modérée 5j par semaine pour réduire d’environ 25% le risque de développer un cancer du sein et du colon (février 2011)

 

2- Amélioration symptomatique

  • De la fatigue (Cramp, 2008; Velthuis,2010; Duijts, 2011)

– Aucun traitement médicamenteux efficace sur ce symptôme

– Déconditionnement physique = une des principales causes de la fatigue liée au cancer (Cf référentiel fatigue)

– Quelque soit le moment de la prise en charge du cancer, la pratique d’une AP permet une réduction d’environ 30% du niveau de fatigue (comparativement à l’absence d’AP) quelque soit le stade(localisé ou métastatique)

  • De la qualité de vie
  • De l’état psychologique et émotionnel
  • De l’observance aux traitements

 

3- Concernant la survie

  • L’activité physique pratiquée après cancer localisé du sein est statistiquement associée à :

– Bénéfice en survie à 5 et à 10 ans = 4% et 6% et diminution du risque de rechute d’environ 50%

– Bénéfice en multivariable âge, stade T, lieu de résidence, alcool, tabac, BMI, statut hormonal…

(Irwin, 2008 ; Holmes, 2005; Pierce , 2007; Holick , 2008; Irwin, 2011, Ibrahim 2011)

  • L‘activité physique pratiquée après cancer localisé du colon est statistiquement associée à :

– Un bénéfice en survie mais pour une AP plus intense que pour le cancer du sein

  • L‘activité physique pratiquée après d’autres cancers

– Bénéfice pour le cancer de prostate, les glioblastomes… (Ruden E 2011, Kenfield 2011 )

– Pas de données disponibles à ce jour pour les formes métastatiques

Mécanismes d'action

Sur le plan moléculaire, l’activité Physique :

  • Diminue les oestrogènes libres et augmente la SHBG, particulièrement en post-ménopause. En prévention tertiaire (antécédent de cancer), l’AP réduit un facteur de croissance estrogénique des cellules cancéreuses.
  • Diminue l’insulinorésistance et l’insulinosécrétion (l’insuline étant un facteur anti-apoptotique et stimulant la prolifération cellulaire)
  • Diminue le taux d’IGF1 (comme pour l’Insuline) mais attention les activités très intenses peuvent faire augmenter l’IGF1
  • Accroît la sécrétion d’adiponectine (pro-apoptotique) et diminue la sécrétion de leptine (agent mitogène)

(Friedenreich , 2010; Massoner, 2010; Ligibel , 2008; De Salles , 2010)

Quelques définitions

Activité physique (AP)

Tout mouvement corporel qui produit une augmentation marquée de la dépense énergétique par rapport à la dépense de repos.

  • Ne se réduit pas à la seule pratique sportive mais inclut l’ensemble des activités de la vie quotidienne : activités associées aux tâches domestiques (APD), au travail (APT), aux transports (APTr) ou aux loisirs (APL) – ces dernières comprenant les activités sportives.
  • Elle engage donc les notions d’énergie dépensée au cours de mouvements.
  • Principales caractéristiques d’une AP = nature, intensité, durée, fréquence et contexte dans lequel elle est pratiquée.
  • AP = associée de façon favorable à l‘état de santé

 

Activité Physique Adaptée (APA)

Moyen qui permet la mise en mouvement des personnes qui, en raison de leur état physique, mental, ou social, ne peuvent pratiquer une activité physique dans des conditions habituelles.

  • Répond aux besoins spécifiques de santé et d’intégration de ces
  • Dans une prise en charge en APA, toute activité physique de la vie quotidienne, de loisir, ou sportive peut être utilisée et doit être adaptée aux besoins spécifiques d’une personne, le tout dans le respect de sa sécurité.
  • En APA, l’AP doit être adaptée aux besoins de chaque personne, et non pas l’inverse

 

Activité sportive

L’activité sportive représente l’ensemble des activités corporelles codifiées (régies par des règles) et organisées

en Europe, le terme englobe les activités compétitives et non-compétitives.

 

Inactivité physique et sédentarité

L’inactivité physique se définie comme le manque d’AP d’intensité au moins modérée.

La sédentarité n’est pas seulement une AP faible ou nulle, mais aussi un excès d’activités au cours desquelles la dépense énergétique est proche de la dépense de repos, telles que regarder TV, autres activités « écran » : informatique, jeux vidéos …

  • Ces 2 conditions sont 2 facteurs de risque indépendants associés défavorablement à l’état de santé

 

Déconditionnement physique

Etat de diminution de la performance physique mettant en jeu tous les organes et fonctions (notamment cardio-respiratoire, musculo-squelettique).

  • Fort amplificateur de vulnérabilité : il intensifie en cascade l’inadaptation physique et probablement la dévalorisation de l’image de soi, la perte de confiance en soi, la dégradation de la qualité de vie, ceci avec un haut risque de sur-handicap.
  • Le manque d’AP s’associe souvent à un cercle vicieux de déconditionnement physique mettant en jeu les structures cardio-vasculaires, respiratoires, musculaires et psychologiques
  • La diminution de la quantité d’AP journalière peut débuter dès l’annonce du cancer et persister tout au long de la prise en
  • Ce manque d’AP entraine :

– une perte de capacité à se mettre en mouvement (particulièrement capacité aérobie),

– plus de difficultés pour réaliser une AP (« l’AP devient plus coûteuse… »)

– une diminution des capacités d’adaptation à l’effort et de récupération (désadaptation à l’effort)

– Un repli social avec ses répercussions psychiques

Comment classer les intensités d'AP ?

Le niveau d’effort requis pour une activité physique est estimé en multiples du métabolisme de base : l’Equivalent métabolique : MET (ou Metabolic Equivalent Tasks)

  • Au repos la dépense énergétique est de 1 MET
  • Sont considérées comme des activités physiques, les activités > 2 MET
  • Le coût énergétique varie en fonction de l’intensité de l’ Pour des conditions standards :

– <3 METs pour une activité légère

– 3-6 METs pour une activité modérée

– >6 METs pour une activité soutenue

  • Une AP à 5 METs = exige une consommation d’O2 5 fois plus importante que celle de repos
  • À noter : 1 MET = 3.5 ml O2/kg/min 1 MET » 1 kcal/kg/h

 

NB : les coûts énergétiques sont à ajuster selon niveau d’AP initial de la personne, à sa masse graisseuse et à sa masse musculaire – par ex : une activité modérée correspond à 3-6 METs pour un individu donné, alors qu’elle sera à 5,5-7,5 METs pour quelqu’un ayant une condition physique plus élevée.

Niveau d'effort requis pour différentes AP de la vie quotidienne

Classement de diverses activités physiques par valeur de dépense énergétique approximative, en MET

activite_physique_et_depenses_energetique

Informer, connaître les freins et orienter

Informer le patient et son entourage dès le début de prise en charge :

  • Des bénéfices de l’AP
  • Des conditions de pratiques en sécurité

Repérer les freins éventuels à la pratique de l’AP de la part :

  • Du patient
  • Des proches
  • Des soignants

Orienter le patient vers une pratique différente selon :

  • L’état clinique, dont le niveau de déconditionnement éventuel, les comorbidités, les déficiences
  • Le stade de la maladie et les traitements
  • Les souhaits du patient
  • Les possibilités locales

Les freins éventuels

Les freins éventuels à la pratique d’AP

  • Crainte qu’une activité physique ne produise douleur, blessure et fatigue ce qui limiterait la mobilité des patients et donc la participation aux activités.
    • Peurs du mouvement
    • Peurs de l’aggravation du cancer ou de ses symptômes comme la douleur
    • Peur d’une moins bonne efficacité des traitements
    • Absence de connaissance du bénéfice attendu
  • Ces freins peuvent venir du patient et/ou de son entourage : proches et/ou soignants (dont médecins)
  • D’autres freins sont propres au patient : pratique antérieure ou non d’AP ou de sport, méconnaissance de son niveau physique, difficultés émotionnelles (anxiété, dépression…)
  • Cette peur doit être prise en compte lors de la mise en place des cours d’activité physique afin d’accroitre la participation des patients.

Rôles du médecin dans l'AP

Oncologues – Généralistes – Médecins du sport – Médecins de médecine physique et réadaptation – Cardiologues

  • Informer sur l’intérêt de l’AP
  • Encourager sur la pratique d’AP
  • Suivre le déroulement ou le cheminement de l’AP préconisée
  • Dépister les facteurs limitant

– En s’aidant éventuellement d’un spécialiste d’organe

  • Établir le certificat d’aptitude

– L’oncologue a la connaissance des problèmes spécifiques à la pathologie

– Il peut éventuellement avoir recours à un spécialiste d’organe

Dans quel lieu et quelles conditions ?

Pendant la phase des traitements

  • Favoriser la consultation par un professionnel formé (enseignant APA-Santé, éducateur sportif ou kinésithérapeute) dès le diagnostic pour prévenir et/ou lutter contre le déconditionnement et sensibiliser sur les bénéfice de l’AP en terme de survie, prise de poids, fatigue (éducation thérapeutique).
  • Salle mise à disposition dans le service hospitalier ou à proximité immédiate, salle du plateau technique d’un SSR

 

À la fin des traitements

  • Pour les patients les moins déconditionnés (ou non déconditionnés): possibilité de rejoindre des groupes de patients organisés localement avec un professionnel form

Salle de pratique type « dojo », tout milieu naturel de dimension rassurante

  • Pour les patients les plus déconditionnés : stage de réadaptation physique en SSR ou sur prescription en ambulatoire (kinésithérapeute), en groupe; nécessité d’un maillage territorial.
  • En règle générale, on évitera les salles de sport publiques s’il n’y a pas d’accompagnement par un professionnel formé (risques de mauvaise expérience sur terrain psychologique souvent fragilisé ou sur notion de handicap spécifique (comme le lymphœdème,…), regard de l’autre, …

 

À distance

  • Le but est de rejoindre les structures associatives sportives ou de loisirs (autonomisation), « accueillantes » (sans cette fois obligatoirement un professionnel formé en AP – Cancer)

Quel type d'activité proposer en APA ?

Préconisations : une prise en charge progressive et personnalisée

  • Selon le niveau d’AP initial de la personne, on propose un reconditionnement ou un entrainement à l’effort
  • APA intégrée dans processus de soins (≠ activité de loisirs) ; processus d’adaptation positif individualisé
  • Projet éducatif concerté (patient – éducateur – soignants) centré sur la personne
  • Éducation thérapeutique centrée sur la modification des habitudes de vie

Le programme individualisé prend en compte la personne (ses capacités physiques, ses préférences en matière d’exercice, son état psychologique, ses attentes), la maladie (stade évolutif, traitements et leur tolérance, pronostic…), l’environnement (humain et technique)

Accompagner la personne pour qu’elle trouve « son » APA, « sa » façon de la pratiquer, et qu’elle s’inscrive dans ses habitudes de vie et dans son projet de soin et de vie.

type_activite_APA

Par quel professionnel ?

Un professionnel formé et expérimenté en APA et aux spécificités du cancer

  • Pour réaliser un bilan initial, concevoir un programme personnalisé, le mettre en œuvre, et l’évaluer
  • Pour respecter d’éventuelles contre-indications médicales à la pratique, tenir compte d’indications
  • Il doit avoir reçu une formation complémentaire en cancérologie ou avoir acquis une expérience

 

Les professionnels pouvant intervenir sont

  • Un enseignant APA-Santé (Activité Physique Adaptée -Santé) est à privilégier car :

Le professionnel APA-Santé a les connaissances pratiques et scientifiques indispensables à la mise en mouvement des personnes en situation de handicap, de maladies chroniques, ou de vulnérabilité (cf. Annexe Fiche « APA-Santé »)

Il est titulaire d’un diplôme d’état du Ministère de l’Education Nationale Licence (Enseignant APA-Santé) ou Master (Ingénieur APA-Santé) – Formation universitaire à l’UFR Staps

  • Un kinésithérapeute
  • Un éducateur sportif

L’Educateur Sportif est formé dans une activité sportive par une Fédération Sportive

Il est titulaire d’un diplôme d’état du Ministère des Sports

 

Le champ d’intervention de chaque intervenant peut varier selon

  • le lieu d’exercice (hospitalier MCO / hospitalier SSR / milieu associatif) et le stade ou moment d’intervention

Abréviations

AP : Activité Physique

APA : Activité Physique Adaptée

APESEO : Activités Physiques Et Soins Esthétiques En Oncologie

BMI : Body Mass Index

CAMI : Cancer Arts Martiaux et Informations (Association)

IGF : Insulin-like Growth Factor

MET : Metabolic Equivalent of Task

PNNS : Programme National Nutrition Santé

PS : Performance Status

SHBG : Sex Hormon Binding Globulin

SSR : Soins de Suite et de Réadaptation

UFR STAPS : Unité de Formation et de Recherche en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives

Annexes

À titre d’information et non de référence

Cf – Référentiel téléchargeable au format PDF

 

Annexe 1 : L’Activité Physique Adaptée, le professionnel en APA et sa formation

Annexe 2 : La prise en charge en Activité Physique Adaptée

Annexe 3 : Un exemple d’AP en cancérologie: la CAMI

Annexe 4 : L’expérimentation APESEO de la Ligue contre le cancer

Annexe 5 : Le DU Sport et Cancer

Références bibliographiques

Ainsworth BE et al. Med Sci Sport Exerc; 2000

Caspersen; 1985

Cramp F et al. Cochrane Database Sys Rev; 2008

De Salles BF et al. Int J Sports Med; 2010

Duijts SF et al. Psychooncology; 2011

Friedenreich CM et al. J Clin oncol; 2010

Haydon AM et al. Gut; 2006

Holick CN et al. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev; 2008

Holmes MD et al. JAMA; 2005

INSERM 2008, PNNS, OMS

Irwin MI et al. J Clin Oncol; 2008

Irwin et al. Cancer Prev Res; 2011

Ibrahim et al. Med Oncol; 2011

Kenfield SA et al. J Clin Oncol; 2011

Ligibel JA et al. J Clin Oncol; 2008

Massoner P et al. Journal of cancer; 2010

Monpère C et al. Arch Mal Coeur Vaiss; 2002

Pierce JP et al. J Clin Oncol; 2007

Meyerhardt JA et al. J Clin Oncol; 2006

Meyerhardt JA et al. Arch Inter Med; 2009

Velthuis MJ et al. Clin Oncol; 2010

Ruden E et al. J Clin Oncol; 2011

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