Critères d’orientation : Qui, quand et pourquoi orienter vers les psychologues / psychiatres ?

    #Psycho-oncologie

Dernière mise à jour : 20/12/2013


Ce référentiel a pour objectifs de :

  • Proposer aux professionnels de santé en oncologie un guide pour se familiariser avec les critères cliniques qui doivent conduire à orienter de façon adéquate les patients et/ou leurs proches vers les psychologues cliniciens et/ou les psychiatres.
  • S’interroger sur le caractère pathologique ou non des difficultés psychologiques constatées chez un patient et notamment faire la distinction entre un processus d’adaptation et un désordre psychopathologique.
  • Proposer un arbre décisionnel permettant de guider l’orientation vers le psychologue ou le psychiatre à partir des signes cliniques identifiés.
  • Orienter, s’il y a lieu, au regard de ces critères, le patient vers le professionnel du soin psychique le plus adapté et ce, quel que soit le moment de la prise en charge.

 

Ce référentiel traite de la souffrance psychique du patient mais s’applique également à celle des proches.

Afin de proposer une orientation vers un psychologue ou un psychologue ou un psychiatre, l’équipe de soins (médicale et paramédicale) se doit :

  • De connaitre les situations potentiellement à risque pour le patient et son entourage de savoir évaluer le degré de souffrance/détresse psychique d’un patient.
  • De connaitre les principaux motifs d’orientation vers un psychologue ou un psychiatre.
  • De connaitre parmi ceux-ci les critères d’alerte rendant nécessaire un évaluation psychologique et/ou psychiatrique.

Explorer les chapitres de ce référentiel

Contributeurs

Coordination

LOMBARD Isabelle (Psychologue, Bordeaux), REICH Michel (Psychiatre, Lille)

Membres du groupe de travail AFSOS/SFPO ADAM

Virginie (Psychologue, Nancy); BARRUEL Florence (Psychologue, Montfermeil); BERGER Anne (Infirmière, Nancy); BEZY Olivier (Psychiatre, Clermont Ferrand); DAUCHY Sarah (Psychiatre, Villejuif); DOLBEAULT Sylvie (Psychiatre, Paris); DUBUC Myriam (Psychologue, Nancy); DUFLOT Etienne (Psychiatre, Nancy); LAFON Samuel (Psychologue, Toulouse); LE BIHAN Anne Solenn (Psychologue, Paris); MARX Gilles (Psychiatre, St Cloud); PERON Armelle (Psychologue, Senlis); STADELMAIER Nena (Psychologue, Bordeaux)

Membres du groupe de travail ADAM

Virginie (Psychologue, Institut de Cancérologie de Lorraine); ALTMEYER Antonia (Psychologue, CH Montbéliard); BARRUEL-SINIMALE Florence (Psychologue, GHI de Montfermeil); BAUDIN Laurie (Psychologue, CH Angoulême); BERGER Anne (Infirmière, Institut de Cancérologie de Lorraine); BEZY Olivier (Psychiatre, Clermont Ferrand); BOISRIVEAUD Christine (Psychologue, Hôpital Edouard Herriot); CARTIER-CHATRON Ingrid (Psychologue, CHU Angers); CIRILO CASSAIGNE Isabelle (Chargée d’études, Réseau de Cancérologie d’Aquitaine); COLLIN Florence (Psychologue, CH Chambéry); DA SILVA ARAUJO Agnès (Psychologue, Soins de Suite et de réadaptation de Virieu); DAUCHY Sarah (Psychiatre, Institut Gustave Roussy); DIGUE Laurence (Médecin Coordinateur, Réseau de Cancérologie d’Aquitaine); DOLBEAULT Sylvie (Psychiatre, Institut Curie); DUBUC Myriam (Psychologue, Institut de Cancérologie de Lorraine); DUMONT Marjorie (Assistante Projets, Réseau Espace Santé Cancer RA); DUFLOT Etienne (Psychiatre, Institut de Cancérologie de Lorraine); EBERL-MARTY Ariane (Psychologue, Centre Hospitalier Intercommunal de Castres); FARSI Fadila (Méthodologiste, Réseau Espace Santé Cancer RA); GERAT-MULLER Véronique (Psychologue, Institut Bergonié); GOBERT Emmanuelle (Psychologue, Clinique Pasteur); GUBIAN-PAYRE Danièle (Médecin EMSP, Centre Hospitalier du Forez); LAFON Samuel (Psychologue, Centre Alexis Vautrin); LE BIHAN Anne-Solenn (Psychologue, Hôpital Albert Chenevier); LOMBARD Isabelle (Psychologue, Institut Bergonié); MARX Gilles (Psychiatre, Institut Curie); MERADBOUDIA Zoher (Oncologue Médical, Centre Hospitalier de Vienne); PERON Armelle (Psychologue, Centre Hospitalier de Senlis); REICH Michel (Psychiatre, Centre Oscar Lambret); ROLLAND Lydie (Psychologue, Clinique d’Argonay); ROMESTAING Pascale (Radiothérapeute, Hôpital Privé Jean Mermoz); ROY Christianne (Cadre supérieur de santé coordinatrice, Réseau régional de soins palliatifs CHRU Tours); STADELMAIER Nena (Psychologue, Bordeaux); STENG Bénédicte (Psychologue, CH Chambéry); ZAMITH-CHAVANT Marion (Psychologue, Institut Claudius Regaud)

Relecteurs

AUDE Catherine (Psychologue, Hôpital Béclère) ; BALEZ Ralph (Psychologue, CHEM Brest) ; BARBIER Aude (Psychologue, SSR Clinique Saint Vincent) ; BARTHIER Sophie (Oncologue médicale, Hôpital Béclère) ; BATAILLIE Vanessa (Psychologue, Réseau de soins palliatifs AMAVI Dunkerque) ; BERLAND Emmanuel (Radiothérapeute, CH Métropole de Savoie) ; BERTRAND Michel (Psychiatre, CHR Orléans) ; BOURCELOT-GOBET Sophie (Psychologue, Centre Léon Bérard) ; BROUSSE Annie (Association Vivre comme avant Lille) ; CARTALAT Stéphanie (Neurologue, Hôpital Neurologie Pierre Wertheimer) ; CASTET Sandrine (Psychologue, Le Bouscat) ; CHICOT Brigitte (Cadre de santé pôle chirurgie, CH Seclin) ; DECROISETTE Chantal (Pneumologue, CH Annecy) ; DERRIEN Jean (Gynécologue obstétricien, Lyon) ; DUGUEY-CACHET Odile (Médecin coordonnateur 3C, Institut Bergonié) ; DURIEUBLANC Lucie (Psychologue, Ribérac) ; ESTOCQ GaëlleAnne (Coordination médicale, Réseau Osmose) ; FAIVRE Jean-Christophe (Radiothérapeute, Institut de Cancérologie de Lorraine) ; FALCO Marie-Anne (Psychologue, Institut Daniel Hollard) ; FAVORITI Hervé (Médecin généraliste, Caluire et Cuire) ; FERRAND Nathalie (IDE Coordinatrice, Institut Daniel Hollard) ; FISCHESSER Agnès (Hématologue, CHU Besançon) ; FRANKEL Grégory (Psychologue, Hôpital Béclère) ; GAUBE Julie (IDE, HIA Robert Picqué) ; GAUTHIER Yvonne (IDE, CHU Bordeaux) ; LAGARDE Philippe (Radiothérapeute, Institut Bergonié) ; LANTHEAUME Stéphane (Chirurgien gynécologue, Hopital Privé Drome Ardèche) ; LECLERE-CONDIS Bénédicte (IDE, Centre Léon Bérard) ; MARCHAL Frédéric (Chirurgien, Institut de Cancérologie de Lorraine) ; MENY Nathalie (IDE, Clinique Tivoli) ; MONNOT Henri (Pneumologue, CH Saint-Omer) ; MONTEIL Emmanuelle (Psychologue, CH Libourne) ; MURAWA Rosine (Psychologue, Thonon-les-Bains) ; PIGNY Sylvie (Psychologue, HAD Besançon) ; PINAULT Patricia (Radiothérapeute, CHU Besançon) ; PREUX Marie-Hélène (Psychologue, Poligny) ; RAFT Julien (Anesthésiste, Institut de Cancérologie de Lorraine) ; RUEGGER Michèle (Présidente Association Amazones Cancer) ; SEYEUX Anne-Laure (Psychologue, HIA Percy) ; SIMAO Aline (Psychologue, CH Vesoul) ; SPAETH Dominique (Oncologue médical, Centre d’oncologie de Gentilly) ; STADELMAIER Néna (Psychologue, Institut Bergonié) ; THOMAS Luc (Dermatologue, Centre Hospitalier Lyon Sud) ; THORIGNAC Marion (Psychologue, CH Mont-de-Marsan) ; TROLLE Cécile (Psychologue, CH Béthunes) ; WEIBEL Nathalie (Dermatologue, CHU Besançon)

Contributeurs (participants aux ateliers des J2R du 10 et 11 décembre 2015) ADAM

Virginie (Psychologue, Nancy) ; BRUNET Abdelmajid (Méthodologiste, Réseau Espace Santé Cancer RA) ; CHATEIL Stéphane (Cadre coordonnateur, OncoPIC) ; DEVAUX Christophe (Médecin, Réseau RégéCAP, Reims) ; GALLAY Caroline (Médecin Soins Palliatifs, Montpellier); GARDEMBAS Martine (Hématologue, CHU Angers) ; GERAT-MULLER Véronique (Psychologue, Institut Bergonié, Bordeaux) ; JAULMES Dominique (Médecin coordonnateur régional AFSOS, Paris) ; LAURENT Jean-François (Médecin coordonnateur Soins Palliatifs, Nantes) ; LUCIC Emmanuelle (IDE, Saint Avold) ; MAGUIEZ Geneviève (Chambretaud, Ligue Contre le Cancer) ; MICHEL Coralie (Chef de projet, OncoPL, Nantes) ; NIMUBONA Donavine (Médecin coordinateur, Réseau OncoBretagne) ; PELLETIER Sylvie (Cadre coordinatrice Onco28, Chartres) ; POULAIN Philippe (Médecin soins palliatifs, Polyclinique de l’Ormeau, Tarbes) ; POZZA Véronique (Présidente du CISS, Pays de Loire, Nantes) ; PREAUBERT-SICOUD Christine (IDE, Montauban) ; STADELMAIER Néna (Psychologue, Institut Bergonié, Bordeaux); THIRRY Dominique (Juriste Santé, Lyon) ; VANLEMMENS Laurence (Oncologue, Centre Oscar Lambret, Lille).

Objectifs de ce référentiel

Ce référentiel a pour objectifs de :

• Proposer aux professionnels de santé en oncologie un guide pour se familiariser avec les critères cliniques qui doivent conduire à orienter de façon adéquate les patients et/ou leurs proches vers les psychologues cliniciens et/ou les psychiatres.

• S’interroger sur le caractère pathologique ou non des difficultés psychologiques constatées chez un patient et notamment faire la distinction entre un processus d’adaptation et un désordre psychopathologique.

• Proposer un arbre décisionnel permettant de guider l’orientation vers le psychologue ou le psychiatre à partir des signes cliniques identifiés.

• Orienter, s’il y a lieu, au regard de ces critères, le patient vers le professionnel du soin psychique le plus adapté et ce, quel que soit le moment de la prise en charge.

Ce référentiel traite de la souffrance psychique du patient mais s’applique également à celle des proches.

 

Préambule

Le terme « professionnel du soin psychique » employé dans ce document fait référence au psychologue clinicien et/ou au psychiatre, de préférence ayant une expérience dans le champ de l’oncologie.

L’orientation vers le professionnel du soin psychique peut être facilitée par la lecture du référentiel « Comment orienter vers un accompagnement psychologique ? » (www.afsos.org).

Sont concernés par le référentiel :

– Tous les professionnels de soins, quel que soit le lieu et le mode d’exercice, impliqués en première ligne dans la prise en charge du patient : Médecins spécialistes, médecins traitants, infirmières, cadres de santé, aidessoignantes, manipulateurs en radiothérapie et radiologie, autres professionnels intervenant dans les soins de support (diététiciennes, assistantes sociales, kinésithérapeutes, socio-esthéticiennes, art-thérapeutes…)…

– Et toute personne impliquée dans l’accompagnement de la personne malade, ainsi que, par exemple, les juristes spécialisés dans le droit des personnes

Prérequis

Afin de proposer une orientation vers un psychologue ou un psychiatre, l’équipe de soins (médicale et paramédicale) se doit :

• de connaître les situations potentiellement à risque pour le patient et son entourage ( « situations à risque » pages 10 et 11)

• de savoir évaluer le degré de souffrance/détresse psychique d’un patient ( dépistage de la détresse psychique pages 13 à 17)

• de connaître les principaux motifs d’orientation vers un psychologue ou un psychiatre

• de connaitre parmi ceux-ci les critères d’alerte rendant nécessaire une évaluation psychologique et/ou psychiatrique

Toutes ces situations peuvent être source de déstabilisation et/ou de souffrance psychique pour le patient et pour ses proches. A ce titre elles doivent être connues et renforcer l’attention portée à la souffrance psychique du patient.

Connaître et déchiffrer les réactions possibles du patient et son contexte de vie

L’équipe de soins doivent :

– être sensibilisés au repérage de la détresse psychique ( définition page 28)

– identifier les différentes réactions psychiques possibles du patient (pleurs, sidération, colère, crise d’angoisse, ou au contraire, euphorie, apparente sérénité, absence de réaction émotionnelle…), afin de pouvoir les mettre en lien avec le contexte spécifique du patient et donner du sens à sa situation particulière

– permettre au patient, par la relation d’aide établie, d’exprimer sa situation et de le soutenir

– faire le bilan des ressources du patient et de son entourage :

• capacités d’adaptation à la situation

• contexte de vie (habitus socio-culturel, mode de vie…)

• comportement ou réaction émotionnelle habituels

• soutien relationnel social perçu par le patient

Etablir une distinction entre réaction adaptée et trouble psychopathologique

Retenons que des symptômes « psychiques » qui peuvent prendre une apparence pathologique pour le soignant sont souvent l’expression d’un processus d’adaptation nécessaire pour le patient.

L’attention portée par les soignants à la souffrance psychique des patients doit tenir compte de ce continuum entre normal et pathologique.

C’est à partir du moment où le patient se trouve mis en difficulté de façon prolongée dans ses capacités d’adaptation que l’on pourra parler de trouble.

L’orientation vers le psychologue et/ou le psychiatre qui est toujours possible devant toute souffrance devient envisagée voire indispensable.

En cas de doute, ne pas hésiter à demander un avis spécialisé.

Situations à risque faisant discuter une orientation vers un professionnel du soin psychique (1)

1 – Contexte démographique

• L’âge du patient : enfant, adolescent, jeune adulte ou sujet âgé

• Présence dans la famille du patient de jeunes enfants

2 – Contexte socio-économique

• Précarité, chômage ou faibles ressources économiques

• Famille monoparentale

• Isolement social, culturel et/ou affectif

3 – Contexte médical

• Présence de symptômes invalidants ou d’un retentissement fonctionnel important

• Présence chez le patient d’une tumeur longtemps négligée ou d’une altération de l’état général jusqu’alors inexpliquée

• Patient à risque génétique

• Durée du suivi prolongée en raison de la chronicité de la maladie ou conditions particulières imposées par le traitement (isolement prolongé en hématologie, masque de contention en radiothérapie…)

• Iatrogénie des thérapeutiques (ex : thérapies ciblées orales…)

4 – Contexte psychologique ou psychiatrique

• Présence d’antécédents psychiatriques connus, avérés ou révélés

• Présence de propos ou de comportements suicidaires

• Antécédents personnels ou familiaux de cancer/décès 5 – Contexte d’un moment complexe ou difficile du parcours de soins

• Refus de soins ou de traitements

• Décision thérapeutique difficile

• Récidive ou rechute

 

Situations à risque faisant discuter une orientation vers un professionnel du soin psychique (2)

6 – Moments et situations à risque de décompensation psychopathologique

A) Toutes les situations d’annonce durant la maladie

• Il n’y a pas une annonce, mais des annonces : diagnostic, risque génétique, changement de traitement, passage en soins palliatifs…

B) Durant le parcours de soins

• Difficultés d’adaptation ou d’adhésion aux traitements spécifiques, a fortiori en cas de refus de traitement ou de demande apparemment inadéquate de soin

• Symptômes physiques mal ou non contrôlés : douleur, dyspnée, troubles digestifs…

• Retentissement fonctionnel intense et altération de l’image corporelle

• Difficultés de communication avec les proches et/ou les soignants

• Prise de décision thérapeutique difficile

• Survenue d’un événement venant majorer la détresse exprimée (perte, séparation…)

• Situations de fin de vie, demande d’euthanasie

C) La phase de l’après traitement et de l’après cancer

• En cas de syndrome anxio-dépressif observé au décours des traitements

• En cas de persistance de séquelles physiques (mutilation, douleurs résiduelles…) et fonctionnelles (phonation…) entraînant des troubles de l‘image corporelle ou une perte d’autonomie

• A l’occasion d’un autre événement de vie qui réactive le vécu du cancer

• Lors de difficultés de retour à la vie active

Pourquoi orienter le patient vers un professionnel du soin psychique ?

• Pour répondre à la demande du patient et/ou de ses proches, même en l’absence de critères objectivés par le soignant

• Pour obtenir une expertise dans le cadre d’une demande d’évaluation :

– Devant des éléments pathologiques avérés : éléments délirants ou psychotiques, confusion mentale, troubles de l’humeur (dépression, manie, bipolarité), troubles anxieux, troubles du comportement et de la personnalité…

– Pour évaluer l’impact psychologique des conséquences des traitements (troubles de l’image corporelle, de la sexualité, douleurs chroniques…)

– Pour accompagner un patient ou un proche en deuil

– Pour explorer des difficultés relationnelles du patient

— avec l’entourage familial

— avec l’équipe de soins

– Pour organiser éventuellement une consultation familiale et/ou de couple (conjoint/famille) avec le professionnel du soin psychique

Dépister : pourquoi, pour qui ?

L’attention portée à la souffrance psychique des patients doit être constante.

L’évaluation de celle-ci doit être systématique : c’est le sens du dépistage de la détresse psychique de tout patient atteint de cancer, à tout moment.

Le caractère systématique permettrait de ne pas passer à côté de patients qui n’expriment pas leur souffrance ou ne demandent pas d’aide.

L’entretien clinique reste la référence, et le dépistage peut s’appuyer sur le recours à des outils standardisés, sur le modèle de la prise en compte de la douleur physique, qui a permis de faire de grands progrès dans la prise en charge des symptômes douloureux.

Il s’agit d’un canevas global, qui énonce le principe et qui doit être adapté dans sa déclinaison aux pratiques de chacun.

Intérêt des outils de dépistage ?

Il est aujourd’hui attesté que l’organisation d’un dépistage (systématique) de la détresse des patients :

• améliore la communication entre le patient et le soignant

• permet aux soignants d’orienter de façon plus adéquate les patients vers les professionnels du soin psychique.

Elle légitime auprès du patient la possibilité d’évoquer en consultation des difficultés de nature psychologique, sans crainte de jugement ou de hiérarchisation des différents types de symptômes, et permet de ne pas négliger les aspects psychologiques de certains symptômes.

Le patient reste libre d’accepter, de différer ou de refuser la rencontre (sauf situation d’urgence psychiatrique). L’aide peut aussi se mettre en place de manière indirecte par le travail avec les professionnels de soin qui en font la demande.

Dépistage de la détresse psychique (1)

Le dépistage consiste généralement en 2 étapes successives :

1) Le recours à un outil standardisé qui prépare l’entretien avec le soignant : outil d’auto- évaluation simple rempli par le patient. Deux outils sont utilisés en pratique courante par l’équipe de soins :

– L’échelle visuelle analogique (EVA) de détresse psychologique, couplée à la liste des difficultés éprouvées par le patient (seuil > 3 sur 10)

– L’HADS, questionnaire de dépistage de l’anxiété-dépression, consistant en 14 items (seuil usuel ≤ 15 sur 42)

2) L’entretien clinique avec le soignant qui évalue la dimension psychologique

En fonction du score obtenu à l’auto-évaluation et après approfondissement de la problématique par le soignant, le patient sera ou non adressé à un professionnel du soin psychique pour évaluation, et, si besoin, prise en charge appropriée, avec son accord.

Dépistage de la détresse psychique (2)

Autre outil de dépistage

La Documentation de Base Psycho-Oncologique (PO-Bado) : un guide d’entretien semi-directif

Le soignant, formé à l’entretien semi-directif et à la relation d’aide, évalue l’intensité de la souffrance du patient (hétéro-évaluation) à partir d’un entretien :

• D’une dizaine de minutes

• Basé sur des questions ouvertes

• Exploration de sept thèmes

• Cotation de l’intensité de la souffrance subjective du patient

• En fonction de critères précis, orientation ou pas vers un professionnel de soin psychique

Dépistage de la détresse psychique (3)

• Toute évaluation doit conduire à une prise en compte et une prise en charge adaptée.

• Le patient reste libre d’accepter, de reporter ou de refuser la rencontre avec un professionnel du soin psychique à ce moment-là.

• Parfois, la rencontre sera organisée malgré la réticence du patient en particulier si le degré de gravité de la souffrance psychique met en péril le patient ou une tierce personne.

Critères d’alerte

Il existe des critères d’alerte rendant nécessaire l’intervention d’un professionnel du soin psychique.

Il s’agit au minimum des motifs d’orientation vers le psychiatre à la demande de l’équipe de soins listés ci-dessous :

• Présence de troubles du comportement (auto- ou hétéro-agressivité, agitation psychomotrice…), de propos délirants, d’une désorientation…

• Evaluation et prise en charge d’un risque suicidaire : idées, propos, ou comportements, a fortiori si projet suicidaire

• Présence d’antécédents de troubles psychiatriques avérés (schizophrénie, troubles bipolaires…)

• Présence d’un trouble de la personnalité constituant une entrave à la prise en charge

• Demande d’euthanasie

Mais également, parmi les motifs d’orientation vers le psychologue, ceux qui peuvent traduire ou entraîner une situation d’une particulière gravité pour le patient (risque de perte de chance notamment) ou pour son entourage, en particulier :

• Toute difficulté d’adhésion aux soins voire toute situation de refus de traitement

• Toute situation familiale pouvant faire craindre un impact sur des personnes vulnérables (enfants, proches handicapés ou âgés…)

Pourquoi orienter vers un psychologue ?

En cas de :

• souffrance psychique exprimée et/ou perçue comme inappropriée

• repérage d’une vulnérabilité psychologique

• difficultés à vivre la maladie, ses conséquences et les effets secondaires des traitements oncologiques (troubles de l’image corporelle, troubles de la sexualité, douleurs chroniques…)

• demande de soutien ponctuel ou d’accompagnement psychologique pour le patient et/ou son entourage

• conseils et attitudes à adopter à l’égard des enfants ou des proches sur la maladie et ses traitements

• retentissement sur le fonctionnement conjugal et/ou familial

• difficultés relationnelles entre le patient et/ou l’entourage familial et l’équipe de soins et souhait exprimé d’une médiation par une des parties

• difficulté d’adhésion aux soins ou refus de traitement liés à un facteur psychologique

• trouble de la personnalité constituant une entrave aux soins

• aide à un diagnostic différentiel (effet iatrogène/dépression…)

• présence d’un critère d’alerte

Pourquoi orienter vers un psychiatre ?

En première intention :

• demande d’évaluation psychiatrique, avis sur une prescription, accompagnement et/ou soutien

• en présence de critères d’alerte et/ou d’éléments de gravité

• constatation de troubles du comportement et/ou d’allure neuropsychiatrique (ex : métastase frontale, méningite carcinomateuse, iatrogénicité des traitements)

• présence d’un état de décompensation aiguë : syndrome confusionnel, agitation psychomotrice…

• évaluation et prise en charge d’un risque suicidaire : idées, propos ou comportements, a fortiori si projet suicidaire

• présence d’antécédents de troubles psychiatriques avérés (schizophrénie, troubles bipolaires…)

• présence d’un trouble de la personnalité constituant une entrave à la prise en charge

En deuxième intention :

• pour avoir confirmation ou non du diagnostic psychiatrique suspecté

• devant un patient ne répondant pas à un premier traitement médicamenteux (anxiolytique et /ou antidépresseur voire antipsychotique) initié récemment

• pour institution ou adaptation du traitement psychotrope prenant en compte le contexte somatique

Qui, quand et pourquoi orienter vers un psychologue ou un psychiatre ?

En conclusion

Qui :

Les patients et/ou les proches en souffrance exprimée ou non, acceptant un soutien, et aussi ceux qui ont des conduites dangereuses avec ou sans troubles psychiatriques avérés, entraînant un danger pour euxmêmes et/ou pour autrui.

Quand :

L’attention doit être constante, à tout moment du parcours de soins du patient et lors de l’après-traitement.

Pourquoi :

Certains symptômes doivent alarmer, et il faut à tout moment être en mesure de proposer une orientation psychologique ou psychiatrique dans le souci d’optimiser une prise en charge globale du patient et lui permettre de bénéficier d’un accompagnement pouvant l’aider à s’adapter au mieux à la situation.

ANNEXES

Annexe 1 : Définitions

Annexe 2 : Echelle HADS

Annexe 3 : Pour plus d’informations concernant le guide d’entretien PO-Bado

Annexe 4 : Bibliographie

Explorez les autres référentiels

Devenez membre de l'afsos