Escarres : prévention et prise en charge

Dernière mise à jour : 16/12/2016


« L’escarre est une lésion cutanée d’origine ischémique liée à une compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses.

On peut décrire trois types d’escarres selon la situation :

  • l’escarre « accidentelle » liée à un trouble temporaire de la mobilité et/ou de la conscience ;
  • l’escarre « neurologique », conséquence d’une pathologie chronique motrice et/ou sensitive ;
  • l’escarre « plurifactorielle » du sujet polypathologique confiné au lit et/ou au fauteuil.
  • L’escarre entraîne principalement douleur et infection. Elle peut générer chez le patient un sentiment d’humiliation. Elle est responsable d’une consommation accrue de soins et de ressources. »

Ce référentiel porte uniquement sur les escarres en cancérologie, apparaissant souvent lorsque la maladie est très évoluée et que les soins ont pour objectif principal le confort du patient.

La prévention des escarres est primordiale et la prise en charge de l’escarre doit être adaptée au stade de la maladie du patient.

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Contributeurs

Référentiel mis à jour le 16/12/16 par :

FABIE Nathalie (pharmacien), KEMP Mireille (IDE), MATZ Véronique (pharmacien), TOUSSAINT Sophie (médecin soins palliatifs).

Coordination

MAHMOUDI Rachid (ONCOCHA), THEVENET Géraldine (RRC RA), TOUSSAINT Sophie (ONCOLOR), VANHAECKE-COLLARD Claire (ONCOCHA).

Membres du groupe de travail (ONCOLOR)

CARAYON Isabelle, CUNY Jean-François, DEGREMONT Pascal, GUIRLINGER Patricia, KEMP Mireille, MATZ Véronique, MERCIER-COURTOIS Isabelle, SIMON Mireille, THOUVENIN Aline, VUILLEMIN Nicole.

Coordination méthodologique

FABIE Nathalie (ONCOLOR).

Relecture

BARROIS Brigitte (ONCORIF), BOULEUC Carole (ONCORIF), FROMANTIN Isabelle (ONCORIF).

Approbateurs (Participants aux ateliers des J2R du 01 décembre 2011)

LADRAT Laure (ONCO NORD PAS DE CALAIS), MYON Yves (ONCOCHA), OLIVIER Françoise (ONCOLIM), POITTEVIN Vanessa (ONCOCHA), CHENET Amandine

(ONCO PAYS DE LA LOIRE), GEOFFROY Sylvie (ONCOCHA).

Généralités et échelle de cotation

Généralités

Escarres = marqueur de mauvais pronosti

Risques :

  • Diminution de la qualité de vie, morbidité importante, le pronostic vital peut être engagé
  • Hospitalisation prolongée entraînant un surcoût en soins [Graves, 2005; Health Council of Netherlands, 1999].
  • En oncologie, le risque de décès des suites d’une escarre est multiplié par 2 [Maida, 2009].
  • Conséquences :
  • Infections locales (abcès, fistules, ostéites) ou généralisées (septicémie)
  • Pertes protidiques et électrolytiques (également cause d’escarres) entraînant une dégradation de l’état général.
  • Prévention :
  • Surveillance des patients dénutris et /ou immobilisés
  • Surveillance des zones: de pression, de friction et de cisaillement

 

Facteurs de risques, localisation

Facteurs de risque des escarres

  • La dénutrition et l’immobilisation : principaux facteurs prédictifs de risque de survenue des escarres :

Les facteurs intrinsèques : malnutrition, déshydratation, état de la peau, baisse du débit circulatoire, neuropathie responsable d’une perte de sensibilité, la malnutrition, l’hyperthermie, la déshydratation, l’immobilité prolongée, la transpiration excessive, l’incontinence urinaire ou fécale, l’état de la peau, la baisse du débit circulatoire, la neuropathie responsable d’une perte de sensibilité, l’incapacité de changer de position, l’état psychologique (apathie, dépression), l’âge avancé, certaines maladies aigues ou chroniques graves (cancers+++), l’antécédent d’escarre.

Les facteurs extrinsèques : facteurs mécaniques : pressions, frictions, cisaillements ou macérations prolongés.

  • Localisation des escarres : les zones les plus exposées sont, dans l’ordre de fréquence :
  • le sacrum, les talons, les trochanters
  • puis les coudes, le pénis, méat urétral (sonde urinaire), les jambes, les malléoles, la cloison nasale (sonde nasogastrique), les oreilles (lunettes à oxygène)…

Echelles de cotation

  • Echelles de cotation du risque de survenue d’une escarre :
  • Echelle de BRADEN :

-simple et claire d’utilisation

-recommandée par la HAS.

  • Echelle de WATERLOW :

-complexe

-destinée à la pratique pluridisciplinaire hospitalière et aux services de chirurgie.

  • Echelle de NORTON :

-outil utilisé en ville (évaluation remboursée en ville)

-ancienne, plus simple mais ne prend pas en compte le statut nutritionnel du patient, validée pour des patients de plus de 65 ans.

  • L’analyse par un outil d’évaluation doit être complétée par un jugement clinique.
  • Les évaluations font parties des indicateurs IPAQSS – SSR.
  • Fréquence d’évaluation : systématiquement pour tout patient hospitalisé dans les 24h, réévaluation une fois par semaine et à chaque modification de son état.

PREVENTION des ESCARRES

 

 

Transmissions infirmières, place de l’IDE

  • Transmissions infirmières/aides soignantes
  • Mobilisations du patient.
  • Changement de l’aspect de la plaie ou de la peau.
  • Résultat de l’évaluation du risque d’escarres à l’aide d’une échelle.
  • En exercice libéral :

-évaluation du risque d’escarres

-évolution de la plaie

-évaluation de la douleur.

  • Place de l’IDE dans la prise en charge des escarres
  • Responsabilités dans les soins (actes, formation, matériel utilisé…)

[Code de la Santé Publique (R. 4311, R. 4312)]

  • Prescription de dispositifs médicaux stériles ou non, ainsi que du matériel de maintien à domicile, arrêté du 13 avril 2007 fixant la liste des dispositifs médicaux que les infirmiers sont autorisés à prescrire.

– Selon les produits, le médecin traitant doit être ou non informé de la prescription.

– La bonne prescription des pansements passe par une bonne connaissance de ces   derniers.

  • Collaboration : IDE, aides soignantes, pharmacien, médecin traitant et professionnel compétent en soins des plaies.
  • Transmission des données :
  • En établissement de santé : dans le dossier de soins du patient sous forme de transmission ciblée (cible, données, actions et résultats atteints)
  • En exercice libéral : sur un support défini (cahier, SMS, photos…)

Education du patient et de sa famille

  • Education en établissement et à domicile
  • Les acteurs : équipe soignante ou associations de malades.
  • But : comprendre les mécanismes d’apparition et les grands principes de prise en charge.
  • Programme :

Gestes de prévention :

  • Changements de position ou les auto-soulèvements (quelques secondes toutes les demi-heures).
  • Positionnement optimal du patient.
  • Intérêt d’une nutrition adaptée.
  • Hygiène rigoureuse ainsi que le change régulier de la literie doivent être expliqués.
  • Choix des vêtements afin de prévenir les phénomènes de compression, frottement, strictions.

Premiers signes annonciateurs d’une escarre : rougeur persistante ou signes d’infection.

  • L’accompagnement du patient et de ses proches
  • La cicatrisation d’une escarre est un processus long et doit s’inscrire dans un véritable projet thérapeutique. L’escarre symbolise la maladie et la perte d’autonomie, souvent vécue comme un traumatisme supplémentaire par le patient et par ses proches.
  • L’équipe soignante :

-favorisera la participation du patient et de sa famille aux soins

-aidera à l’éducation du patient/famille en lien les soignants

-gèrera le matériel : matelas adapté + coussins de positionnement, utiliser les lunettes à oxygène (mais attention aux escarres pavillonnaires)…

-prendra en charge l’alimentation : bilan IDE + orientation diététicienne, médecin traitant

-aidera au maintien de l’hygiène

-fournira une aide à la mobilisation des patients : positionnement, limiter les protections, utiliser un plat bassin ou une chaise percée….

-formera des auxiliaires de vie

-devra connaître les pansements dans leurs indications de prévention des escarres

-maitrisera la technique de l’effleurage

–> faire le suivi via un support adapté (cahier ou autre).

Nutrition

  • Dépistage précoce :
  • calcul de l’IMC
  • évaluation de la perte de poids sur une période donnée (prendre en compte les patients obèses dénutris)
  • Prise en charge de la dénutrition et de la déshydratation par [HAS, 2001] :
  • Une prévention : identification des sujets à risque, maintien de l’équilibre nutritionnel, évaluation clinique (tracer et surveiller la courbe de poids).
  • Une évaluation biologique

albuminémie (significatif si <35g/L = dénutrition modérée, <30g/L = dénutrition sévère) préalbumine (<200mg/L).

-protides totaux, bilan hépatique et/ou ionique pour compléter.

-Une surveillance : alimentaire (si besoin support nutritionnel complémentaire) et hydrique, cavité buccale et dentition, poids, bilan biologique, évaluation de la cicatrisation.

  • Alimentation adaptée aux besoins [HAS, 2007] :
  • Curatif : 30 à 35 Kcal/kg/jour : 1,2 à 1,4 grammes de protéines/kg/jour.
  • Favoriser la prise alimentaire : adapter la texture, tenir compte des goûts des patients, prise en compte des symptômes qui gênent l’alimentation comme la douleur, l’état buccodentaire, les troubles digestifs.
  • Fractionner les prises alimentaires et les enrichir.
  • Adapter le mode de prise en fonction de l’évaluation clinique : consommer au verre (type « canard ») ou à la paille.
  • Utilisation possible de Compléments Nutritionnels Oraux (CNO)

Cf. référentiel AFSOS : Nutrition chez le patient adulte atteint de cancer

 

Douleur

  • Evaluation de la douleur
  • Important de réévaluer le traitement de fond
  • Ne pas confondre avec les douleurs paroxystiques, le fentanyl transmuqueux n’est pas une indication
  • Origines de la douleur
  • Réfection des pansements :

-Antalgiques par voie générale administrés avant le soin (morphiniques si besoin) au moins 1h avant si per os, 30 min avant si injectable

-ou Mélange Equimolaire d’Oxygène et de Protoxyde d’Azote (MEOPA) au cours du soin (nécessite une HAD en ville) au moins 5 min avant le soin

  • Retrait des pansements : humidification préalable au sérum physiologique des pansements.
  • Soins de la plaie (comme la détersion) :

Application d’anesthésiques locaux tels que :

  • Pommade EMLA® (prescription médicale obligatoire, hors AMM) appliquée en couche fine 1 heure avant le soin sous pansement occlusif
  • ou pulvérisation de lidocaïne 5 % nébuliseur (appliqué 10 minutes avant le soin sur une compresse dépliée).

-Les autres méthodes n’ont pas prouvé leur efficacité (Cf. hydrogel + morphine en soins locaux).

-Pansement hydrocellulaire à l’ibuprofène (à évaluer dans les plaies détergées non infectées).

  • Douleur de fond/chronique
  • améliorée par un positionnement correct du patient et l’utilisation de supports adaptés.
  • Sauf en cas d’exsudats abondants avec soins douloureux :

-Limiter la fréquence de renouvellement des pansements.

-Changer de préférence et régulièrement le pansement secondaire.

Cf. référentiel AFSOS : prise en charge de la douleur du cancer chez l’adulte

 

Gestion des postures et programme de mobilisation

  • Bilan du patient :
  • Concertation kinésithérapeute – équipe soignante
  • Bilan :

-Etat cutané initial (lésions préexistantes, cicatrices récentes)

-Possibilités ostéo-articulaires du malade

-Etat cardio-respiratoire

-Evaluation de la douleur

-Etat neurologique : conscience, sensitivo-moteur

-Evaluation de l’environnement : techniques médicales (sondes, redons, intubation etc.).

  • Consignes des postures ou des mobilisations écrites dans le dossier de soins du patient.
  • Les postures
  • Décubitus dorsal (semi-fowler 30/30)
  • Décubitus latéraux à 30°
  • Position assise
  • Position assise inclinée
  • Favoriser la marche
  • Changements à réaliser de manière sécurisée : barrière relevée si décubitus latéral, ceinture de maintien si position assise, utiliser des coussins de positionnement, lits qui s’inclinent (lits LATERA®)

Passage d’une position à l’autre par  2 soignants ou un soignant et un aidant en ville

  • Les transferts
  • Par deux soignants (en ville : un soignant et un aidant).
  • Aides au transfert : non utilisées au détriment de la stimulation du patient.
  • Si nécessaire : prescription d’antalgiques avant.
  • Vérifier (voir traiter) les points d’appui ainsi que l’état de la literie.
  • Les mobilisations au lit du patient
  • Actives :

-Si l’état du patient le permet.

-Souvent en décubitus dorsal et visent au maintien de la trophicité musculaire.

  • Passives :

-Patients sédatés ou comateux afin de préserver les amplitudes articulaires et empêcher les rétractions.

  • Tenir compte de :

-L’état hématologique du patient.

-L’éventualité de lésions osseuses (métastatiques).

Rythme et intensité dépendent de la pathologie, de l’état général, des examens médicaux prévus (patient à jeun, prémédiqué) : 3h maximum entre 2 mobilisations et maximum 2h immobile au fauteuil

 

Matériel d’aide à la prévention et aux soins d’escarre

Le matériel sera choisi en vue de répartir les pressions sur la plus grande surface possible du corps. Il sera mis en place après évaluation du risque par l’équipe soignante (annexe).

Par mesure d’hygiène, le matériel est à protéger par une alèse, un jersey et sera dédié au patient pendant le séjour.

  • Les coussins
  • Les coussins de positionnement (formes anatomiques à respecter)
  • Les talonnières
  • Les blocs de mousse à découper
  • Les arceaux
  • Les matelas

 

Soins d’hygiène corporelle

  • But :
  • Préserver une peau intacte.
  • Evaluer quotidiennement l’état cutané.
  • La toilette corporelle
  • Recommander une douche quotidienne ou un brancard douche si patient alité.
  • Savon doux neutre, ne pas frotter puis rincer et sécher soigneusement.
  • La toilette du siège
  • Réalisée le plus tôt possible après l’émission de selles, effectuée après avoir changé les couches ou les alèses souillées.
  • L’effleurage
  • Définition :

-Geste léger qui doit s’exécuter sur une peau propre, à mains nues, en utilisant les doigts à plat et la paume de la main, sans dépression des éléments sous-cutanés. [12]

  • Technique :

-Occasion d’appliquer des produits hydratants et non colorants, bien tolérés par le patient (huile, pommade, crème) afin de faciliter le geste et d’hydrater la peau.

-Utilisation du Corpitolinol 60 (SANYRENE®) est possible [13] [14], même si son Service Attendu (SA) est insuffisant selon la HAS [15]. Ce produit n’est pas remboursé en ville.

-Les topiques nécessitant une application par massage ne sont pas recommandés.

-Le temps du soin est au minimum de 3 minutes.

  • Noter ce soin (fréquence et horaire) sur le diagramme de soins
  • Ce qu’il ne faut pas faire :

-Le massage et la friction des zones à risques sont à proscrire. Ne jamais exercer de pression sur une lésion constituée ou à proximité d’une articulation inflammatoire.

-Ne pas léser les tissus (décoller, pétrir…), ni provoquer des douleurs.

-Interdiction formelle d’utiliser glaçons et sèche-cheveux.

-La crème BIAFINE® (trolamine) n’a pas l’AMM et est non remboursée en ville et peut être allergisante.

 

  • Le change
  • Assure une literie propre, sèche, sans pli, sans particule ni présence de miettes (drap et alèse).
  • Permet de contrôler régulièrement l’humidité de la peau et de remédier aux phénomènes de transpiration ou d’incontinence.
  • Réalisé au minimum 3 fois / 24 heures si le patient est alité.
  • Si matelas à air : seulement un drap non bordé.
  • La gestion des fonctions sphinctériennes
  • Identification de l’origine de l’incontinence ainsi que son caractère réversible ou définitif.
  • Régularisation du transit.
  • Moyens :

-Etui pénien (si incontinence urinaire isolée), couche absorbante (change régulier et programmé), plat-bassin ou accompagnement du patient aux toilettes dès que possible, sonde urinaire (prescription médicale).

-Gestion du transit (si incontinence quasi permanente ou mobilisation très difficile et douloureuse) : après évaluation et sur prescription médicale, selon les indications AMM

  • Irrigation
  • Bouchon anal (non recommandé, seulement si débâcle diarrhéique chez un patient en fin de vie et en assurant la traçabilité de la date de la pose)
  • Sonde anale.

Prise en charge de l'escarre constituée

Objectifs des soins

Suite au bilan initial et à l’évaluation du risque, il est nécessaire d’élaborer un projet de soins en définissant les objectifs du soin.

 

 

  • Les différents stades de l’escarre (annexe : Echelle colorielle)
  • Stade I : rougeur

-Lésion dermo-épidermique réversible avec érythème persistant à la simple pression du doigt mais disparaissant en quelques heures à la levée de la pression sur la zone considérée. Le revêtement épidermique n’est pas interrompu.

Objectifs des soins : lever et supprimer la pression, faire régresser la lésion, prévenir et limiter l’extension de la lésion.

  • Stade II : phlyctène et/ou désépidermisation

-Lésion de nécrose épidermique avec phlyctène ou désépidermisation (phlyctène ou abrasion ou ulcération superficielle). Le revêtement épidermique est interrompu.

Objectifs des soins : faire régresser la lésion, prévenir et limiter l’extension de la lésion, cicatrisation.

  • Stade III : atteinte dermo-épidermique (avis médical avant tout geste invasif d’excision ou de détersion)

-Lésion de nécrose dermo-épidermique atteignant toute l’épaisseur de la peau. Rougeur intense périphérique, écoulement abondant et souvent nauséabond avec possibilité d’apparition de fièvre (signe d’infection) :

  • Au stade initial : plaque noire sèche.
  • Aux stades ultérieurs : plaque de fibrine jaune ou ulcère peu profond découvrant le tissu graisseux sous jacent (rare).

-Prélèvements bactériologiques (écouvillonnage) : prescrits par un médecin dans des cas précis (suspicion d’ostéite, de septicémie ou pour isoler un germe précis tel SAMR). L’utilisation in situ de désinfectant ou d’antibiotiques est à proscrire.

Objectifs des soins : faire régresser la lésion, prévenir et limiter l’extension de la lésion, réaliser une détersion, anticiper la douleur, repérer et traiter une infection ou une surinfection.

  • Les différents stades de l’escarre (suite) (annexe : Echelle colorielle)
  • Stade IV : atteinte des tissus profonds (avis médical avant tout geste invasif d’excision ou de détersion)

-C’est une lésion de nécrose cutanée et sous cutanée atteignant les tissus profonds : fascia, muscle ou os avec deux aspects possibles :

  • Au stade initial : plaque noire sèche.
  • Au stade ultérieur : plaque de fibrine jaune ou ulcère profond.

Objectifs des soins :

– faire régresser la lésion

– prévenir et limiter l’extension de la lésion

– principes d’hygiène pour prévention de contamination croisée

– confort maximum pour le patient et limiter la douleur

– repérer et traiter une surinfection sans traumatisme pour la plaie et indolore pour le patient.

 

Choix thérapeutiques (annexe : tableau des gammes de pansements)

*Non recommandés par la CNEDIMTS en dehors des plaies aigües

**Les pansements irrigo-absorbants ne sont pas détaillés dans l’avis de la CEPP du 07 mars 2007. Ils sont classés avec les hydrogels dans la LPPR.

 

Prise en charge de l’escarre : stade I à V

 

Phase de bourgeonnement et de cicatrisation

Prise en charge en fonction de la symptomatologie

 

Règles générales sur la réfection du pansement

  • Les soins d’escarres ne sont pas des soins stériles.
  • Lavage de la plaie : eau non stérile, savon doux, sérum physiologique.
  • Vérification peau péri-lésionnelle :

-Si la peau péri-lésionnelle est lésée, la protéger avec une pâte à l’eau et ne pas utiliser de pansements adhésifs (préférer une bande de fixation ou un filet ou un pansement hypoallergénique collé à la peau saine).

-Ne pas utiliser de produits colorants ou antiseptiques sur la plaie et la peau péri-lésionnelle.

  • Pansement secondaire :

-Sur tulles ou interfaces : compresses sèches et bandes de fixation.

-Plaies peu exsudatives : compresses sèches et bandes de fixation ou film PUR.

-Plaies exsudatives : pansement absorbant et bande de fixation.

-Si bande de fixation ou filet non adapté : pansement hypoallergénique adhésif en prenant soin de recouvrir les berges de la plaie avec des compresses.

-La Commission Nationale d’Evaluation des Dispositifs Médicaux et des Technologies de Santé (CNEDiMTS) considère que le cumul sur une plaie de plusieurs pansements dits actifs n’a pas d’intérêt médical démontré.

  • Le temps avant réfection du pansement dépend du positionnement et de l’évolution de la plaie ainsi que des recommandations du fabricant.
  • Annexe : fiche de suivi des plaies

Temps avant réfection du pansement :

La fréquence de renouvellement est augmentée en cas de : pansement à saturation, pansement souillé ou décollé, patient avec signes d’allergie ou douleurs

– En phase de détersion ou en cas de plaie infectée : tous les jours ou 2 jours

– Phase de bourgeonnement et d’épidermisation : laisser en place autant que possible

– Phase d’accompagnement palliatif : le moins souvent possible (prioriser le confort du patient plutôt que des soins douloureux)

L’utilisation des pansements à l’argent doit être prudente

  • En effet, la Commission d’Evaluation des Produits et des Prestations (CEPP) de 2007 ne reconnait pas de pansements pour la prévention ou le traitement de l’infection.
  • Ces pansements ne sont pas remboursés en ville en dehors de ceux inscrits à la LPPR sous nom de marque pour une indication « ulcère de jambe inflammatoire avec 3 ou 5 signes cliniques ».
  • Ce pansement peut être mal toléré avec des rougeurs ou des brûlures de la peau en contact.
  • La durée maximale de traitement est de 4 semaines (données HAS).

 

Le Traitement par Pression Négative (TPN)

  • Mode d’action :
  • Environnement humide :

-Favoriser la phase de granulation.

-Eliminer les exsudats en excès.

  • La plaie est recouverte par un pansement de type mousse ou compresse qui est relié à une source de dépression (hors vide mural) et à un système de recueil des exsudats. [18]
  • Indication pour le traitement de l’escarre :
  • Escarre de stade 3 ou 4 dans l’objectif d’un geste de couverture chirurgicale après échec des traitements conventionnels.
  • Mode d’emploi :
  • Réservé à des équipes expérimentées et formées en établissement de santé (Hospitalisation A Domicile comprises).
  • Pré-requis : la plaie doit être détergée avant la pose
  • Renouvellement : deux à trois fois par semaine.
  • « En l’absence d’amélioration lors de deux changements de pansement consécutifs ou à l’issue d’une semaine d’utilisation, le traitement par pression négative doit être arrêté » HAS.

Effets indésirables (douleur, macération, risque hémorragique…) et contraintes liées à son utilisation (bruit, asservissement au dispositif…).

 

 

 

 

 

Spécificité de la prise en charge de l’escarre chez le patient en soins palliatifs terminaux et en fin de vie

Objectifs

  • Limiter l’évolution des escarres présentes et prévenir l’apparition de nouvelles plaies.
  • Assurer au patient une qualité de vie la meilleure possible dans le respect de sa dignité.
  • Adapter le projet de soins à la situation du patient : évaluer le bénéfice/risque pour chaque soins apportés.
  • Les odeurs
  • Permanentes ou au moment de la réfection du pansement.
  • Impact social important, gestion de l’environnement du patient.
  • Première intention : utilisation de pansements au charbon en pansement secondaire.
  • Traitement :

-Nettoyage soigneux de la plaie et l’excision des tissus nécrotiques, si besoin (palliatif terminal).

-Changement régulier des pansements.

-Traitement par métronidazole (prescription médicale obligatoire hors AMM) :

  • application locale de gel à 0,75 % ou crème à 1 % (ex : Rozex®).
  • traitement systémique si plaie très exsudative.
  • Les exsudats
  • Utilisation des pansements très absorbants : hydrocellulaires, alginates, hydrofibres, pansements super absorbants en polyacrylate, pansements type américain.
  • Renouvellement fréquent dès saturation.
  • Protection de la peau péri-lésionnelle des phénomènes de macération (pâte à l’eau).

 

Précautions d’emploi pour l’utilisation des huiles essentielles :

  • Hypersensibilité aux odeurs chez les patients atteints de cancer
  • Sensibilité de certains patients (asthmatiques, insuffisants respiratoires)
  • Effets délétères possibles : menthe poivrée risque de neurotoxicité si patient avec métastases cérébrales)

 

  • Les saignements : au retrait des pansements et parfois lors des gestes de détersion.
  • Saignements au retrait :

-Humidifier les pansements à l’aide de sérum physiologique au moment du retrait.

-Privilégier les pansements non adhérents (interfaces, hydrocellulaires).

-Si possible : utiliser l’eau oxygénée (à rincer) pour les saignements en nappe (si non douloureux).

  • Pour les saignements continus :

-Privilégier les pansements par alginates.

-Ou utilisation prudente d’adrénaline (1 mg/mL) en instillation locale en cas de saignements non contrôlables.

-Hémostatique de contact (milieu hospitalier ou HAD) type COALGAN®/PANGEN®.

  • L’infection
  • Une infection locale = augmentation du volume des exsudats, douleurs, odeur nauséabonde.
  • Traitement local :

-Soins quotidiens (si possible).

-L’utilisation de pansements antibactériens à l’argent n’est pas recommandée (pas d’essais cliniques concluants).

-L’antibiothérapie systémique est à discuter en fonction du contexte clinique (signes généraux, signes de septicémie, ou ostéite sous-jacente).

  • Psychologie
  • Attention au retentissement esthétique, psychologique et social de l’escarre.
  • L’intervention d’un psychologue peut être nécessaire.
  • Se reposer la question de la prise en charge de la douleur.

Références bibliographiques

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Haute Autorité de Santé.

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HAS, Conférence de Consensus, 2001.

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