Je vis avec un
cancer de l'ovaire

J’adapte mon alimentation

Vivre avec un cancer des ovaires c’est aussi adapter son alimentation aux traitements et leurs éventuels effets indésirables. Y a-t-il des précautions particulières à avoir ? Un régime à suivre ? Des aliments à privilégier ou d’autres à éviter ? Notre expert le Dr Bruno Raynard, médecin nutritionniste à Gustave Roussy vous apporte ses conseils pour vivre au mieux la période des soins.

Pendant la chimiothérapie

Il n’y a pas d’aliment obligatoire ni d’aliment interdit, excepté le pamplemousse durant certains traitements. Renseignez-vous auprès de votre médecin.

Les chimiothérapies peuvent entrainer des nausées, des troubles du goût ou une perte d’appétit qui peuvent réduire l’envie de manger pendant une période variant de 3 à 10 jours après chaque cure. Il faut donc essayer d’adapter son alimentation.

Si vous êtes dans ce cas, fractionner les repas dans la journée peut vous aider. Plutôt que 3 repas par jour, préférez plusieurs collations.

Pour une fois, vous pouvez même vous laisser aller au grignotage !

Privilégiez les petites quantités car l’idée de se forcer à un impact négatif sur l’appétit. Il faut manger la quantité qui vous convient, même si ce n’est qu’un demi yaourt, et réessayez quelques heures plus tard. C’est à vous de ressentir ce qui est possible.

Si vous avez du mal à vous alimenter, quand vous le pouvez, choisissez des aliments caloriques. Vous pouvez également enrichir vos repas ou collations en calories et protéines. Par exemple, n’hésitez pas à ajouter du beurre ou de la crème dans une purée, du fromage râpé dans vos pâtes, etc.

Les repas froids ont moins d’odeur et peuvent être plus agréables en bouche ou plus faciles à avaler. Vous pouvez alors choisir les fruits, les crudités, les entremets, les produits laitiers et les assiettes anglaises par exemple.

Si le goût est perturbé, il faut éviter ce qui peut aggraver cette sensation de « mauvais goût ». C’est peut être le cas de la viande rouge par exemple, que vous pouvez facilement remplacer par des œufs, des poissons, des produits laitiers, des fromages, etc.

Dans tous les cas, ne vous forcez pas à manger des choses que vous n’aimez pas. Sachez que le goût fluctue beaucoup.

Enfin l’hydratation est essentielle pendant la période de chimiothérapie. Il faut avoir un apport d’au moins 1 litre et demi d’eau par jour, toute boisson confondue. Même si on n’a pas soif, il faut se forcer à boire. Pensez à avoir votre bouteille d’eau tout le temps avec vous.

Attention à ne pas perdre de poids !

Quels que soient les traitements, il est important de surveiller son poids. Pendant cette période, il faut accepter de ne pas maigrir (y compris si on est en surpoids). Il faut veiller à ne pas perdre de masse musculaire induite par la perte de poids.

En effet cela pourrait nuire à la cicatrisation, provoquer de la fatigue et vous empêcher de pratiquer une activité physique, importante lorsque l’on est malade. Au-delà de 5% de perte de poids (soit une perte de 3 kg si on pesait 60 kg) il faudra consulter un nutritionniste ou un diététicien en accord avec votre médecin référent.

Après la chimiothérapie

Après une chirurgie, en cas de stomie, la reprise alimentaire se fait progressivement avec l’aide de l’équipe diététique de votre centre.

Le plus souvent, elle met en place un régime pauvre en résidu à base de pâtes, riz et blanc de poulet.

Une fois que le chirurgien a donné son feu vert pour la reprise d’une alimentation « normale » quelques jours ou semaines après l’opération, le régime s’élargit progressivement.

A votre sortie de l’hôpital, la diététicienne peut vous donner des conseils afin d’adapter vos repas à la maison.

Il n’y a pas de règle absolue. Il faut tester les choses afin de voir ce qui vous convient ou pas.

Néanmoins, il est préférable d’éviter les aliments qui contiennent des fibres, irritantes pour le tube digestif. De plus, tout ce qui est gras comme les fritures par exemple n’est pas recommandé.

Vous pouvez tester les nouveaux aliments en les réintroduisant un par un : fruits et légumes cuits puis petit à petit les aliments crus.

Si un aliment ne passe pas, pas de panique. Vous pouvez à nouveau essayer de le goûter quelques semaines ou mois plus tard. Il faut laisser le temps à la flore intestinale de se reconstituer.

Il faudra bien veiller à avoir un apport de protéine quotidien. En cas de difficulté, on peut apporter un complément nutritionnel.

Quand la stomie sera retirée, le transit peut être un peu « anarchique » pendant quelques semaines.

Il faudra pendant un court laps de temps reprendre le régime pauvre en fibres « riz, pâtes, blanc de poulet » qu’on élargira en revanche plus rapidement.

On réintroduira sur quelques jours les aliments en tenant compte des expériences précédentes.

Pas d’inquiétude, la flore intestinale est longue à se réparer et vous allez trouver le régime qui convient le mieux à votre organisme, vos goûts et vos habitudes de vie.

Dans tous les cas, n’hésitez pas à demander des conseils à une diététicienne qui vous aidera à adapter votre alimentation.

Zoom sur les régimes, jeûnes et autres compléments alimentaires

Il est fréquent de souffrir d’un surpoids après une chimiothérapie, surtout lorsque le cancer est de petit stade, et notamment à cause des perturbations hormonales liées aux traitements.

De plus en plus de patientes sont alors tentées par des régimes restrictifs, associés ou non à des compléments alimentaires. Le Pr Laurent Zelek, médecin oncologue à l’Hôpital Avicenne à Bobigny, spécialiste des questions de nutrition, fait le point sur certaines questions que vous vous posez.

Tout d’abord, lorsque l’on parle de prise de poids, il faut différencier la prise de poids liée à l’ascite, c’est-à-dire à l’accumulation de liquide directement causée par la tumeur, des autres prises de poids.

Attention également à la sarcopénie, la perte de masse musculaire, qui peut arriver précocement dans le cadre de la maladie, et s’accompagner d’une augmentation de la masse grasse dans les premiers temps. N’hésitez pas à informer votre équipe médicale de tout changement ressenti, une perte musculaire peut affecter la tolérance du traitement.

Le jeûne « thérapeutique » a été largement médiatisé dans le cadre d’une prise en charge d’un cancer. De nombreuses patientes rapportent par exemple une amélioration de certains symptômes liés à la chimiothérapie. Il n’existe cependant aujourd’hui aucune démonstration indiscutable d’un effet objectif sur la tolérance ou l’efficacité des traitements, faute d’études méthodologiquement solides.

D’ailleurs, dans le cas particulier des cancers de l’ovaire, il faut faire attention au fait qu’une perte de la musculaire peut s’installer rapidement en cas de régime restrictif, ce qui peut affecter le pronostic de la maladie.

Il n’est pas recommandé d’entreprendre des modifications du régime alimentaire sans la supervision d’un professionnel. Vous pouvez vous faire accompagner des diététiciens présents dans les établissements.

En ce qui concerne les « micronutriments » (vitamines, anti oxydants), là encore, aucune démonstration solide prouve un effet bénéfique sur le cours de la maladie. En revanche, des carences (vitamine D, fer, etc.) peuvent accentuer la fatigue, dégrader votre qualité de vie, voire affecter votre tolérance des traitements (anémie, etc.). Dans ce cas, rapprochez-vous de votre médecin qui pourra vous indiquer des compléments alimentaires adaptés à vos besoins et à votre traitement.

Il faut enfin souligner que la pratique de l’activité physique est indispensable à la prévention de la sarcopénie, ou pour agir sur une éventuelle prise de poids. Il s’agit d’ailleurs d’un des seuls traitements d’activité reconnue dans la prévention de la fatigue induite par les traitements anti-tumoraux. Toute prise en charge devrait idéalement intégrer cette dimension !

Retrouvez plus d’information sur la reprise d’une activité physique adaptée rubrique « je me bouge ».

3 exemples de repas types après la chimiothérapie

Jour 1

  • Dips de thon fromage blanc ciboulette et tortillas
  • Rôti de bœuf froid sauce gribiche Anti pasti d’aubergines froid
  • Fromage blanc granola sauce chocolat

Jour 2

  • Verrine de sardines et carottes râpées
  • Emincé de rôti de veau froid mariné aux herbes Pennes froides à la provençale
  • Soupe de melon

Jour 3

  • Verrine d’avocat tomates
  • Pavé de saumon froid sauce tartare Salade de pomme de terre
  • Abricot melba

Exemples de repas type après la chirurgie

Première étape

Réalimentation pauvre en résidus. On supprime les céréales complètes, les légumes secs, le lait en boisson, et tous les légumes et fruits crus ou cuits, ainsi que les viandes filandreuses ou en sauce et les graisses cuites.

Exemple de repas :

  • Bouillon de volaille avec petites pâtes
  • Crème de gruyère et biscuits type galettes Saint-Michel Jambon et purée au lait sans lactose
  • Babybel
  • Crème au lait sans lactose et biscottes

Deuxième étape

En fonction de votre capacité de digestion, poursuite de la réalimentation avec une alimentation pauvre en fibres. On ajoute certains fruits cuits en compote ou des fruits entiers, épluchés et tendres ; comme par exemple les pommes cuites, les pêches au sirop ou les jus de fruits sans pulpe, certains légumes cuits épluchés, épépinés à fibres tendres type haricots verts extra-fins, carottes cuites, courgettes sans la peau et sans pépins, etc. On réintroduit la viande ou des équivalents (poisson ou œuf), les féculents ou les légumes cuits autorisés.

Exemple de repas :

  • Velouté de légumes
  • Cuisse de poulet et purée de carottes Compote de poire

Troisième étape

À votre rythme, poursuite de la réalimentation avec une alimentation dite « d’épargne digestive ». On ajoute progressivement certains fruits crus bien mûrs et épluchés comme la banane, la pomme, la poire…et certains légumes crus à fibres tendres comme les carottes râpées ou la laitue, etc.

Exemple de repas :

  • Carottes râpées Merlu ciboulettes et riz
  • Pomme

Devenez membre de l'afsos